fr. Cyril de la Compassion de MarieFrère Cyril de la Compassion de Marie a fait sa profession solennelle le 25 novembre 2012 à St Joseph des Carmes à Paris. Il est actuellement en communauté au couvent de Paris où il poursuit ses études de théologie et est investi dans plusieurs apostolats.

Août 2005, les JMJ, Cologne. Encore surpris de m’y être rendu, je mesurais le chemin parcouru : la découverte de la foi chrétienne, ma rencontre avec Jésus-Christ le jeudi 19 mars 1998, avaient bousculé ma vie. Lorrain d’origine, ma famille m’avait enseigné la valeur de la bonne volonté, et je découvrais avec stupeur (je vous assure !) que je ne pouvais aimer le Christ sans aimer son Eglise. J’acceptai alors, malgré mon tempérament solitaire, l’invitation de mon curé à me rendre aux JMJ de Cologne. J’ignorais que ces JMJ étaient l’événement où Notre-Seigneur m’attendait pour répondre à ma question !

Laquelle ? Celle que je lui avais adressée, par l’intermédiaire de la Vierge Marie, cinq mois auparavant. Je laissais carte blanche à notre Mère pour que son Fils accomplisse en moi sa promesse : « je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en surabondance » [Jn 10,10]. Il me manquait en effet « quelque chose », je le voyais bien… mais je ne m’attendais pas à ce qu’Il me réponde de tout quitter pour le suivre !…

Il faut dire que j’avais déjà 31 ans, le boulot marchait bien, je commençais à payer beaucoup d’impôts. La carte blanche donnée à Marie était simple : d’un côté je lui laissais me dire ce qui me manquait, quoique cela soit. Je m’engageais à faire tout ce qu’elle me dirait (Jn 2,5). Mais en contrepartie, je lui laissais jusqu’au 31 décembre pour me répondre. Était-ce une mise à l’épreuve ? Je me suis souvent posé la question. Il me semble que non : en effet, me disais-je, j’essaie de faire preuve de droiture d’esprit et si le Seigneur ne répond pas à ma prière (alors que je cherche et m’engage à suivre Sa propre Volonté), c’est que je serais plus droit que Lui et cela, c’est impossible. Tel était mon état d’esprit.

En août, je partis donc aux JMJ où je décidai, un soir, d’aller assister à une pièce de théâtre. C’était une pièce sur sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, que je ne connaissais pas. Ce fut là l’heure du Seigneur pour moi. Je fus tout-à-coup retranché en mon for intérieur, tant une évidence claire et intérieure y émergea : j’étais appelé à embrasser la vie religieuse… et je n’y avais jamais songé ! Cependant j’étais apeuré aussi : la vie religieuse, mais qu’est-ce que c’est ? Tous mes projets, ma vie, devenaient tout à coup si pâles en regard de cette vie (religieuse) que je ne connaissais pas !…

Quand je repris mes esprits, la pièce était finie, j’avais tout raté. Je me retrouvai isolé, au milieu d’italiens chantant et braillant joyeusement à tout-va. Ma peur commençait à disparaître progressivement, mais la clarté intérieure, la certitude de l’appel, demeuraient. Restait un « détail » : où ??? Je n’avais pas fait le lien entre Thérèse-Bénédicte de la Croix, ma vocation, et le Carmel !

Toujours dans l’église, je me mis à réfléchir. Je me souvins alors d’une rencontre vraiment enthousiasmante avec des religieux d’une Communauté Nouvelle. Pas la peine d’aller plus loin !

Je pris la voiture (une fois revenu des JMJ), fit 900 km pour aller les rejoindre. Et là… Ce fut terrible. Le jour, c’était formidable : liturgie fantastique, belle chaleur humaine, etc. Mais la nuit je me réveillais en plein combat : mon cœur me disait : NON. Ma raison me disait : SI, tout est là pour me plaire, tout ! Rien ne manque. Et mon cœur réaffirmait : NON, je ne saurais dire pourquoi, mais en restant ici je finirai essoufflé… Ce fut pour moi un moment vraiment douloureux. Déchiré entre une raison me disant OK et un cœur me disant douloureusement – mais fermement – « non », je finis par repartir.

J’étais comme un boxeur sonné, ayant livré le meilleur de lui-même au combat, mais ayant échoué. D’un autre côté, je prenais sur moi et affirmais au Seigneur que je ne lui en voulais pas. Je continuerai à faire bonne mine, je ne dirai rien aux collègues de bureau. Malgré toute mon aspiration à embrasser la vie religieuse, je ne me voyais pas feuilleter un annuaire des congrégations religieuses pour jauger celle qui me correspondrait le mieux. Et puis, le 31 décembre n’était pas encore arrivé. Le Seigneur avait la main, j’avais retiré la mienne (tout en restant disponible pour accueillir Sa Volonté sur moi).

Trois ou quatre semaines après, au cours d’un chapelet chez moi, me revint à la mémoire la parole de mon prêtre de paroisse, à qui j’avais partagé lors des JMJ mon appel à la vie religieuse. Mais c’était bien plus qu’un souvenir, c’était le Seigneur lui-même qui m’adressait la parole par son intermédiaire.  C’était à la fois ce prêtre et Jésus lui-même : « tu sais Cyril, quand tu m’as dis que tu voulais embrasser la vie religieuse, j’ai tout de suite pensé au Carmel pour toi ». C’était lumineux, comme un éclair. L’évidence était là, tranquille, claire, et pourtant ! Là encore je ne comprenais pas. Je me disais : comment est-ce possible ? Le Carmel, ce sont les carmélites, les carmélites, ce sont des femmes, et moi… en tant qu’homme je suis ‘‘biologiquement’’ incompatible ! Le lendemain, je partais à la librairie me documenter sur le Carmel, je découvrais l’existence des carmes et notamment de St Jean de la Croix.

Je décidai de regarder sur internet s’il y avait des frères du Carmel en France et, surtout, je me mis à aller à Avon, début novembre. J’y découvris une vie à la fois toute nouvelle (l’oraison, que je ne connaissais pas encore, la vie silencieuse, la vie conventuelle) et familière, si familière que rien ne m’étonnait. Le 31 décembre n’était pas encore arrivé, mais la Ste Vierge m’avait répondu. Elle m’avait rendu ma carte blanche comme on remet une carte de visite. Y était désormais inscrit : Vierge Marie du Mont Carmel, ta Mère.

Ce fut alors le début de mon chemin avec le Carmel, avec la Province de Paris, avec mes frères…

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