Frère Gérard-Marie raconte-moi ton appel ?

Je suis né en Tunisie où j’ai passé une partie de mon enfance. Avant mon entrée au postulat, en septembre 1996, je vivais à Montereau (77), exerçant le métier d’instituteur depuis de longues années dans la Z.U.P./Z.E.P.* de Montereau-Surville. Cette cité, comme tant d’autres à population majoritairement démunie ou immigrée, connaît, certes, ses difficultés ; enfant de ce quartier, je demeurais surtout témoin de ses richesses. De plus, je le savais « porté » par la prière d’un Carmel proche, celui de Forges. C’est en 1973-74 que, rendant régulièrement visite à des amis Oblats de Marie-Immaculée (O.M.I.) à la Brosse-Montceau (77), je rencontrais pour la première fois des Carmélites. La communauté occupait provisoirement l’ancien séminaire O.M.I. (un château !) Il s’agissait des Carmélites de Fontainebleau – « en itinérance » – attendant la fin de la construction de leur nouveau monastère, à Forges.


Je fréquentais depuis longtemps les O.M.I., les Bénédictins (à qui je devais mon retour à l’Église), mais sur mon chemin, une amitié inattendue naissait, lentement, avec le Carmel. C’est toutefois un peu plus tard que je me suis reconnu dans «cet esprit», lorsqu’un ami prêtre insista pour me faire découvrir une figure du Carmel : le Père Jacques de Jésus, un éducateur, un enseignant (et un prêtre) que le Carmel attira. J’entrevoyais avec étonnement une expression masculine du Carmel ! Des séjours en Terre Sainte confirmèrent cet attrait. Sans tarder, je me suis mis à fréquenter régulièrement le couvent des Carmes d’Avon. Mais l’entrée au Carmel survint dix ans après !

Le Carmel m’est donc « apparu » à travers des Carmélites et j’étais bien loin de savoir, au début, que sainte Thérèse d’Avila en était la réformatrice. Aujourd’hui, en lisant le Château de l’âme de Thérèse de Jésus, je ne peux m’empêcher de penser en souriant que ma première rencontre avec le Carmel eut pour cadre un château (bien matériel) qu’occupaient provisoirement des Carmélites. Pouvais-je imaginer, à cette époque, les développements de cette première rencontre ? Je remercie le Seigneur pour les chemins par lesquels Il sait nous conduire !

*Z.E.P. : Zone d’Éducation Prioritaire (terminologie de l’Éducation Nationale).


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Frère Guillaume, raconte-moi ton appel?

Faire le récit de ‘ma’ vocation, c’est reconnaître que justement elle n’est pas complètement mienne. C’est témoigner des dons de Dieu et repérer dans ma vie les rencontres, les expériences, les figures, les lectures etc… avec lesquelles le Seigneur m’a appelé à la vie religieuse au Carmel. C’est faire aussi un retour dix ans en arrière.

L’appel de Dieu s’est imposé à moi comme une évidence alors que j’avais vingt ans. Mais il m’a fallu plusieurs étapes pour découvrir le Carmel, éclairer et vérifier cet appel et finalement y répondre. A cette époque, étudiant les passionnantes mathématiques, je ne m’étais jamais posé la question de la vie religieuse. Né dans une famille catholique pratiquante mais sans zèle ecclésial particulier – à qui pourtant je dois le baptême et la foi –, je fréquentais depuis mon entrée à l’École Normale, l’aumônerie étudiante qui me permit d’approfondir le contenu de ma foi et l’histoire de la spiritualité chrétienne. Elle fut aussi l’occasion de rencontres décisives.

C’est une expérience spirituelle de joie profonde qui me mit en marche : obscure mais certaine, je l’éprouvai comme un appel de Dieu à le suivre. Pourtant, impression n’est pas raison ! Je ne savais d’ailleurs pas trop quoi faire : deux mois se passèrent ainsi. La parole d’un prêtre au cours d’une confession me décida à agir : j’allai rencontrer l’aumônier étudiant pour lui parler de ce que je vivais. Commença pour moi l’expérience précieuse de l’accompagnement spirituel, qui me permit d’affermir ma vie chrétienne et de l’éclairer par la relecture de ma vie. Tout était encore flou mais une sorte de feu brûlant attisait en moi vigilance et détermination dans ‘ma’ recherche. Deux « indices » furent déterminants : la découverte de la vie religieuse et celle de la spiritualité du Carmel.

"Le chemin d’une vie simple mais remplie de Dieu..."

La première se fit naturellement : l’aumônier était religieux assomptionniste. J’allais le rencontrer dans sa communauté, dont je me mis à fréquenter régulièrement la liturgie. Ce genre de vie m’intriguait et m’attirait : mener, au nom d’une même vocation, la vie commune à la suite du Christ, au service de l’Église, au défi des antagonismes de personnalités ou d’opinion. J’eus contact avec le second indice sans le savoir ! En effet, Bernanos était depuis mes treize ans un auteur de prédilection. C’est ‘par son intermédiaire’ que je mis à lire sainte Thérèse de Lisieux. J’eus de l’engouement pour L’Histoire d’une âme où Thérèse me montrait le chemin d’une vie simple mais remplie de Dieu. Pourtant, je n’approfondissais pas ce que pouvait être sa patrie spirituelle, le Carmel. Une rencontre fut là encore importante : un ami étudiant me signala le déroulement d’une retraite prêchée à l’Institut Notre Dame de Vie, un institut séculier de spiritualité carmélitaine, fondé par un carme, le père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus (= 1967). J’allais à Venasque (près de 900 km en voiture !) tel Abraham quittant Ur et « marchant sans savoir où il allait » ! Je dois beaucoup à cette retraite : l’apprentissage de la prière silencieuse dans la tradition thérésienne, une prédication ardente et intelligente, la découverte des grandes figures de sainteté carmélitaines (je pus ainsi redécouvrir sainte Thérèse de Lisieux !), l’écoute attentive et avisée de deux prêtres de Notre Dame de Vie. Bref, la beauté du Carmel m’éblouissait ! L’appel du Christ se confirmait et se précisait. Heureux moment ! A la suite d’une grâce reçue dans la prière où je prenais conscience de cela, je m’engageais à mener une vie de prière régulière à l’école de sainte Thérèse d’Avila.

Je repartais enthousiaste, riche de nombreuses découvertes mais toujours en recherche. En bon logicien et par conjugaison de mes deux indices – la vie religieuse et la spiritualité du Carmel – je ne tardais pas à découvrir le couvent des Carmes d’Avon ! J’allais comprendre que le Seigneur m’y attendait. Certes on ne trouve pas sa vocation par conjugaison d’indices mais justement, je n’y trouvais pas seulement ce que j’avais cherché ! La liturgie, le visage de la communauté, le mode de vie m’intéressaient. Bientôt je parlais avec un frère qui me renvoya au maître des postulants. Compte tenu de la situation de mes études et de mon âge, rien ne pressait.

Je quittais Avon, sûr d’avoir trouvé ce que je cherchais depuis un an environ. Dans ma joie, j’aurais été prêt à rentrer à Avon le lendemain ! Mais la patience imposée me fut bénéfique : trois ans pour terminer ma scolarité et faire mon service national, trois ans pour mûrir mon choix, l’affiner, l’attendre sans impatience. Je pus mettre cette période à profit en vivant deux ans dans la communauté assomptionniste que je connaissais et qui proposait à des jeunes qui se posaient la question de la vie religieuse de participer à la vie communautaire. Je dois beaucoup à cette communauté : elle fut pour moi en quelque sorte un pré-postulat et déjà une sacrée formation à la vie religieuse. Durant cette période, l’expérience quotidienne de la prière silencieuse a joué un rôle important : par cette relation avec le Seigneur dans l’obscurité de la foi, ma détermination à le suivre s’est affermie, ainsi que ma connaissance du Christ et la prise de conscience de ma faiblesse – qui loin d’être un obstacle à la rencontre de Dieu peut être l’expérience de sa miséricorde – Ma lecture régulière du Livre des Demeures et de Je veux voir Dieu me fit beaucoup réfléchir sur la vie spirituelle, ses écueils et ses étapes.

Le récit d’une vocation ne s’arrête pas avec l’entrée au postulat. Les périodes de formation (postulat, noviciat, études de théologie) vérifient de l’intérieur l’appel du Seigneur, le mettent à l’épreuve – du temps et des frères – et la purifient de certaines illusions. Après ce travail de mémoire, je veux rendre grâce au Seigneur pour ses dons : la joie secrète qu’il me donne à le suivre, l’assurance de son appel déposée au fond du cœur, l’émerveillement de le rencontrer dans la prière. Tout cela continue bien sûr après la profession solennelle : une vocation est un appel qui se reçoit chaque jour et auquel on répond chaque jour.


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Frère Denis-Marie, raconte-moi ton appel ?

La confiance en la Miséricorde infinie de Dieu qui nous aime chacun personnellement. C’est bien cette belle expérience qui m’a été donnée de vivre à travers des nuits et le jour sans fin de sa présence. Jésus prend le temps de se laisser découvrir comme quelqu’un qui est là, tout proche. Il n’oublie jamais le dessein d’amour qu’il a pour nous. Tout jeune, je suis déjà attiré par l’absolu que je crois découvrir dans la Bonne Nouvelle… Mon enfance est très marquée par cette quête et ainsi tout ce qui peut répondre à cet idéal m’attire : les homélies de certains prêtres à forte personnalité, le contact avec les adultes… Cependant je vis le malaise de désirs très profonds si peu incarnés dans la réalité. Je me sens incompris, mis sur la touche. De nombreux déménagements et les ruptures qu’ils impliquent me touchent beaucoup… Mais le Seigneur me donne la grâce de la persévérance, de désirer plus, la force de ne pas me décourager… et voilà, à douze ans, son premier appel… précédé par une question : « Veux-tu devenir prêtre ? » Ou plutôt, « Acceptes-tu cette possibilité ? » Préparé pour ma profession de foi par une retraite, j’étais alors dans mon élément ! Je me vois annoncer tout tremblant à mes camarades le désir de donner ma vie au service du Seigneur…

"Je désirais aimer totalement, complètement, tout de suite..."

Le Seigneur préparait mon cœur alors que commençait une longue et douloureuse nuit. Je ne trouvais point mon bonheur : Je désirais aimer totalement, complètement, tout de suite et la vie quotidienne se chargeait de me blesser dans cette attente. Jésus ? J’allais alors bien à la messe chaque dimanche mais je ne me laissais pas rencontrer par lui. Je me retrouvais seul avec mon désir et m’évadais dans le rêve ou dans des ambitions intellectuelles. Je restais déçu par la réalité dans laquelle je vivais alors : très sensible et émotif, je ressentais vivement la superficialité de la vie, ou plutôt celle dont je faisais l’expérience autour de moi et en moi. De plus, je me sentais prisonnier de moi-même, faible et pauvre, incapable de réaliser mon désir d’absolu. Ainsi enfermé, je réagissais… ce qui aggravait ma condition. Mais Jésus était présent et me permettait, grâce à des amitiés fidèles, d’espérer l’aurore !

Enfermé, replié sur moi-même, je me sentais coupable de me voir à la fois si imparfait et si insatisfait de l’être et de ne pouvoir sortir de ce cercle vicieux. Je poursuivais pourtant ma route et m’orientais vers des études commerciales et financières en pensant ainsi me valoriser. C’est alors que je découvre qu’il est possible de vraiment partager avec quelqu’un grâce à une intense correspondance avec une Australienne ; des amis m’apprécient, des choses se préparent pour me rendre disponible à une visite… Celle de Jésus.

Jeune étudiant à Nancy, je cherche une église proche de chez moi. Première homélie… sur l’amour de Dieu. Je suis enchanté ! Désormais, chaque dimanche, je suis heureux… mais Jésus reste encore impersonnel pour moi et le quotidien est toujours si enfoui sous mes questions… Un an et demi plus tard, au temps du Carême 1992, je passe un soir devant cette église, j’assiste pour la première fois à la messe de semaine ; désormais, tous les jours, Jésus m’invitera… Il se rapproche et me fait comprendre qu’il veut être mon ami chaque jour. Je vis cette rencontre, qui au départ me permet de souffler, de m’échapper, ceci durant neuf mois jusqu’au jour où, par l’intermédiaire du prêtre, Jésus m’appelle … : « Il est temps de réfléchir à approfondir ta relation à moi avec d’autres (ceci est vraiment important et tu trouveras ton chemin)… » Ce fut alors l’avalanche de grâces ; avant cela je répétais chaque jour à Jésus : « Que veux-tu de moi ? » Et voilà qu’il me donnait désormais tous les moyens de le découvrir et surtout de le découvrir, lui, comme personne présente, agissante, dans ma vie.

Cela se concrétise par une multitude de propositions : on me propose d’être chef scout, ce que j’accepte malgré mes doutes sur moi-même. Par la suite, je prends part à un groupe de jeunes à la recherche de leur vocation dans l’Église. Étape décisive : je reçois un directeur spirituel. Je me réconcilie avec moi-même, fais sincèrement le point et connais bien souvent la grâce de la Réconciliation : accueil privilégié de l’Amour miséricordieux de Dieu et moments d’intense paix.

"Jésus m’envoie une amie pour me guider : Thérèse de l’Enfant Jésus..."

Le 14 novembre 1992 dans l’après-midi, un livre que je ne cherchais pas du tout alors, tombe sous mon regard dans une bibliothèque : Jésus m’envoie une amie pour me guider : Thérèse de l’Enfant Jésus. La lecture de l’Histoire d’une âme qui raconte sa vie me transforme en trois jours ! Je suis bouleversé de trouver ce que je cherchais depuis si longtemps… La paix m’envahit… Je comprends que Dieu n’est qu’Amour et qu’il ne demande de nous que la confiance et l’humilité : un cœur jamais lassé, jamais découragé, revenant toujours à lui, lui présentant nos vies, ses faiblesses et ses joies.

Désormais, je n’étais plus seul. Lors d’une réunion de mon groupe de prière charismatique, je reçois cet appel – « Suis-moi ! » Où, Seigneur ? Il allait très vite me montrer qu’il m’attendait au Carmel. Alors en stage de fin d’études au Luxembourg, je passais mes soirées en prière au Carmel et les concluais par l’office de complies et des lectures avec les sœurs. Je me sentis alors appelé à Lisieux et là me fut donné de recevoir les coordonnées des frères carmes d’Avon. Sans penser à devenir carme, je décide de faire connaissance et dès le premier séjour… au fond du cœur je perçois cet appel dans une paix profonde : c’est là !

Je suis entré au Carmel le 14 octobre 1993. Là, Jésus me comble par sa présence. Souvent tenté de me regarder moi-même, c’est en le regardant, lui, que j’ai compris son amour, qu’il m’a montré le chemin.

Après une telle expérience qui se poursuit, je t’invite à la confiance en Jésus. Quelles que soient ta situation, tes questions, il est la réponse… Son amour est plus grand que notre pauvreté. Il veut te rendre heureux de lui et si tu t’abandonnes à lui tel que tu es, il fait merveille. Il ouvre ton cœur et te révèle le trésor qui est toujours en toi, même au plus profond de la nuit : j’apprends peu à peu que désirer dépendre de lui, voilà la Vie, la vraie liberté pour aimer.


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Frère Cyril, raconte-moi ton appel ?

Frère Cyril de la Compassion de Marie a fait sa profession solennelle le 25 novembre 2012 à St Joseph des Carmes à Paris. Il est actuellement en communauté au couvent de Paris où il est investi dans plusieurs apostolats.

Août 2005, les JMJ, Cologne. Encore surpris de m’y être rendu, je mesurais le chemin parcouru : la découverte de la foi chrétienne, ma rencontre avec Jésus-Christ le jeudi 19 mars 1998, avaient bousculé ma vie. Lorrain d’origine, ma famille m’avait enseigné la valeur de la bonne volonté, et je découvrais avec stupeur (je vous assure !) que je ne pouvais aimer le Christ sans aimer son Église. J’acceptai alors, malgré mon tempérament solitaire, l’invitation de mon curé à me rendre aux JMJ de Cologne. J’ignorais que ces JMJ étaient l’événement où Notre-Seigneur m’attendait pour répondre à ma question !

"Je laissais carte blanche à notre Mère pour que son Fils accomplisse en moi sa promesse"

Laquelle ? Celle que je lui avais adressée, par l’intermédiaire de la Vierge Marie, cinq mois auparavant. Je laissais carte blanche à notre Mère pour que son Fils accomplisse en moi sa promesse : « je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en surabondance » [Jn 10,10]. Il me manquait en effet « quelque chose », je le voyais bien… mais je ne m’attendais pas à ce qu’Il me réponde de tout quitter pour le suivre !…

Il faut dire que j’avais déjà 31 ans, le boulot marchait bien, je commençais à payer beaucoup d’impôts. La carte blanche donnée à Marie était simple : d’un côté je lui laissais me dire ce qui me manquait, quoique cela soit. Je m’engageais à faire tout ce qu’elle me dirait (Jn 2,5). Mais en contrepartie, je lui laissais jusqu’au 31 décembre pour me répondre. Était-ce une mise à l’épreuve ? Je me suis souvent posé la question. Il me semble que non : en effet, me disais-je, j’essaie de faire preuve de droiture d’esprit et si le Seigneur ne répond pas à ma prière (alors que je cherche et m’engage à suivre Sa propre Volonté), c’est que je serais plus droit que Lui et cela, c’est impossible. Tel était mon état d’esprit.

En août, je partis donc aux JMJ où je décidai, un soir, d’aller assister à une pièce de théâtre. C’était une pièce sur sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, que je ne connaissais pas. Ce fut là l’heure du Seigneur pour moi. Je fus tout à coup retranché en mon for intérieur, tant une évidence claire et intérieure y émergea : j’étais appelé à embrasser la vie religieuse… et je n’y avais jamais songé ! Cependant j’étais apeuré aussi : la vie religieuse, mais qu’est-ce que c’est ? Tous mes projets, ma vie, devenaient tout à coup si pâles en regard de cette vie (religieuse) que je ne connaissais pas !…

Quand je repris mes esprits, la pièce était finie, j’avais tout raté. Je me retrouvai isolé, au milieu d’italiens chantant et braillant joyeusement à tout-va. Ma peur commençait à disparaître progressivement, mais la clarté intérieure, la certitude de l’appel, demeuraient. Restait un « détail » : où ??? Je n’avais pas fait le lien entre Thérèse-Bénédicte de la Croix, ma vocation, et le Carmel !

Toujours dans l’église, je me mis à réfléchir. Je me souvins alors d’une rencontre vraiment enthousiasmante avec des religieux d’une Communauté Nouvelle. Pas la peine d’aller plus loin !

Je pris la voiture (une fois revenu des JMJ), fit 900 km pour aller les rejoindre. Et là… Ce fut terrible. Le jour, c’était formidable : liturgie fantastique, belle chaleur humaine, etc. Mais la nuit je me réveillais en plein combat : mon cœur me disait : NON. Ma raison me disait : SI, tout est là pour me plaire, tout ! Rien ne manque. Et mon cœur réaffirmait : NON, je ne saurais dire pourquoi, mais en restant ici je finirai essoufflé… Ce fut pour moi un moment vraiment douloureux. Déchiré entre une raison me disant OK et un cœur me disant douloureusement – mais fermement – « non », je finis par repartir.

J’étais comme un boxeur sonné, ayant livré le meilleur de lui-même au combat, mais ayant échoué. D’un autre côté, je prenais sur moi et affirmais au Seigneur que je ne lui en voulais pas. Je continuerai à faire bonne mine, je ne dirai rien aux collègues de bureau. Malgré toute mon aspiration à embrasser la vie religieuse, je ne me voyais pas feuilleter un annuaire des congrégations religieuses pour jauger celle qui me correspondrait le mieux. Et puis, le 31 décembre n’était pas encore arrivé. Le Seigneur avait la main, j’avais retiré la mienne (tout en restant disponible pour accueillir Sa Volonté sur moi).

Trois ou quatre semaines après, au cours d’un chapelet chez moi, me revint à la mémoire la parole de mon prêtre de paroisse, à qui j’avais partagé lors des JMJ mon appel à la vie religieuse. Mais c’était bien plus qu’un souvenir, c’était le Seigneur lui-même qui m’adressait la parole par son intermédiaire.  C’était à la fois ce prêtre et Jésus lui-même : « tu sais Cyril, quand tu m’as dis que tu voulais embrasser la vie religieuse, j’ai tout de suite pensé au Carmel pour toi ». C’était lumineux, comme un éclair. L’évidence était là, tranquille, claire, et pourtant ! Là encore je ne comprenais pas. Je me disais : comment est-ce possible ? Le Carmel, ce sont les carmélites, les carmélites, ce sont des femmes, et moi… en tant qu’homme je suis ‘‘biologiquement’’ incompatible ! Le lendemain, je partais à la librairie me documenter sur le Carmel, je découvrais l’existence des carmes et notamment de St Jean de la Croix.

Je décidai de regarder sur internet s’il y avait des frères du Carmel en France et, surtout, je me mis à aller à Avon, début novembre. J’y découvris une vie à la fois toute nouvelle (l’oraison, que je ne connaissais pas encore, la vie silencieuse, la vie conventuelle) et familière, si familière que rien ne m’étonnait. Le 31 décembre n’était pas encore arrivé, mais la Sainte Vierge m’avait répondu. Elle m’avait rendu ma carte blanche comme on remet une carte de visite. Y était désormais inscrit : Vierge Marie du Mont Carmel, ta Mère.

Ce fut alors le début de mon chemin avec le Carmel, avec la Province de Paris, avec mes frères…


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Frère Jean-Baptiste, raconte-moi ton appel ?

 Frère Jean-Baptiste de Marie, Mère de la Vie a fait sa profession solennelle le 1er novembre 2020 à Paris.

Je suis né en 1989 dans une famille engagée dans le renouveau charismatique (communauté du Chemin Neuf). J’ai baigné dans ce milieu très « croyant » mais je ne vivais pas vraiment ma foi. J’ai pu constater qu’il est possible de vivre dans un climat familial de foi sans avoir la foi. Mon déclic a eu lieu en 2007 lors d’une retraite avec la Communauté du Chemin Neuf où j’ai reçu le « baptême dans l’Esprit Saint ». C’est une démarche en lien avec l’esprit de Pentecôte. On prie pour toi en t’imposant les mains et on te pose la question « veux-tu donner ta vie au Christ pour toujours ? ».

À partir de ce moment là, tout a changé car j’ai vraiment eu la foi. Je suis retourné à l’Eucharistie et j’ai eu le goût de prier. Mon second déclic a été ma confirmation en 2009, que j’ai vécue comme une indépendance en lien avec l’envoi en mission par l’Esprit Saint. J’ai été poussé par l’Esprit à partir pour vivre mes études supérieures. Cela n’a pas été d’abord un départ de la maison familiale de manière personnelle, mais j’ai senti que ma mission désormais était de partir pour prendre en main ma vie. J’ai poursuivi des études en BTS comptabilité de 2009 à 2011.

"J’ai fait confiance à l’Esprit Saint"

Dieu, durant ces études supérieures, m’a travaillé et m’a fait tenir malgré les persécutions subies pendant les cours mais j’ai fait confiance à l’Esprit Saint. Cette période a aussi été importante car j’ai découvert, lors d’un pèlerinage à Lourdes en 2010, la prière mariale. J’ai alors été marqué par cette expérience et je me suis mis à chercher un autre lieu de prière différent que celui du Chemin Neuf et qui me parlait plus intérieurement. A l’époque, j’étais quelqu’un de réservé, timide, plus intérieur. Et la prière d’exaltation par la louange ne correspondait pas à ma façon de prier. J’ai alors cherché un lieu plus en lien avec ce que j’étais et qui était lié à Marie. C’est comme cela que j’ai découvert l’Institut Notre Dame de Vie (NDV), où des personnes qui ont un travail sont consacrées au Seigneur. J’ai pu découvrir, pendant un groupe de prière, l’oraison c’est-à-dire la prière silencieuse, l’expérience du cœur à cœur avec le Seigneur.C’est là que j’ai trouvé la paix intérieure et le lieu qui ne correspondait plus à ce que j’étais. J’ai ensuite commencé à travailler dans la gestion comptable à l’Université de Paris XII à Orsay entre novembre 2011 et août 2012. C’est durant le mois de février que j’ai commencé à me poser la question de la vie consacrée sans forcément penser à la vie religieuse et au Carmel. Toutes ces questions m’ont travaillé pendant de longs mois et du coup j’étais moins présent à mon travail. A Pâques, à Blangy sur Ternoise lors d’une retraite, j’ai découvert alors qu’il existait des Carmes ! Je connaissais le Carmel par Notre Dame de Vie mais je n’avais jamais fait le lien avec les carmes. Tout est allé alors très vite. C’est lors de mon premier séjour à Avon en juillet 2012 que je me suis dit intérieurement : « c’est ici ! ». Je suis alors entré au postulat le 8 novembre 2012 et au noviciat le 4 avril 2014 avant de faire ma 1ère profession le 4 juillet 2015 et ma profession solennelle le 1er novembre 2020. Tout ce chemin de conversion m’a montré qu’il est très important de ne pas avoir peur de prendre le temps de discerner sa vocation et le temps porte toujours du fruit. Alors confiance et priez pour moi !


Témoignage « 3 mots, 3minutes » – Frère Jean-Baptiste >

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